DOUCE VENGEANCE ÉPISODE 7
– Comment…, a-t-elle commencé en balbutiant, vous… avez…
– Du calme, je ne suis pas là pour te manger quand même. Je veux te parler d’une proposition…
– Mais qui diable êtes-vous ? Parvinre à dire Madie d’un ton à la fois incrédule et transpirant l’angoisse et l’incompréhension.
– Je suis celui à qui appartient le portefeuille que tu as trouvé le week-end dernier. Je voulais te remercier.
– Bien c’est fait, monsieur, au revoir. Et elle s’était retournée pour ouvrir la porte afin de rentrer.
– Et j’ai une proposition aussi, puisque je sais que tu ne travailles plus au bar. Continua l’homme âgé.
Déjà elle a traversé la porte et faisait mine de fermer. Dans sa tête Madie ne pouvait s’empêcher de penser que ce vieux était dangereux.
« Comment a-t-il su où j’habitais ? Et que faisait-il ce matin au restaurant ? Que me veut-il ? » Elle avait un peu peur, mais sa curiosité était très élevée.
– Je ne suis pas intéressée, monsieur, merci.
– Je sais que tu as besoin d’un boulot, j’aurais pu te laisser ma carte pour un rendez-vous, mais tu n’as pas de cellulaire, alors je me suis déplacé. En passant, je suis Édouard Durand. Demain j’enverrai mon chauffeur te prendre à 9 h. Si tu n’es toujours pas intéressée, tu n’auras qu’à ne pas venir, je comprendrai. Bonne fin de journée !
– Non, attendez Monsieur ! Qui êtes-vous ?
La curiosité avait finalement remporté sur la peur. Oui, c’était très tentant pour une personne qui est au chômage d’être escorté pour un nouveau travail. Mais il fallait tout de même des détails.
– Puis – je rentrer, on pourrait faire de plus ample connaissance ?
– Bonsoir tatie Madie ! ce monsieur s’est déjà présenté ici il y a un moment avec quelqu’un d’autre. Je passais te dire que mon père a encore frappé ma mère. Tu m’avais promis que tout s’allait s’arranger. Pourrais-tu venir lui parler s’il te plait ? J’ai peur !
L’enfant parlait sans mesure et s’éclatait en sanglot à la fin de ses propos.
***
Landy, une préadolescente qui partageait le même quartier que Madie, entretenait avec elle une relation étroite et empreinte de confiance. La jeune femme, qui l’aidait à surmonter les difficultés scolaires, était devenue pour Landy une source de réconfort et de soutien. Cependant, derrière la façade d’une famille unie, se cachait une réalité bien plus sombre. Le père de Landy, qui avait sombré dans l’alcoolisme après avoir perdu son emploi, était devenu violent et tyrannique, laissant sa femme et sa fille dans une situation de vulnérabilité extrême. Madie, qui avait promis de garder le secret, fut choquée d’apprendre que Landy avait été victime de violences physiques de la part de son père. Cette révélation lui a poussé à promettre à la nièce que la vie lui a fait cadeau, de toucher un mot avec sa maman.
***
La détresse de l’enfant avait momentanément fait oublier à Madie la nécessité de se protéger de l’inconnu qui se tenait devant sa porte. Elle sortit et prit l’enfant dans ses bras, apportant ainsi un réconfort immédiat.
– Ça va aller, ma puce !
– Tu verras, ça ira !
Elle demanda ensuite à l’enfant :
– Veux-tu m’attendre à l’intérieur pendant que je parle avec cet homme ?
L’enfant, encore sous le choc, hocha la tête et s’essuya les yeux. Madie se tourna ensuite vers l’homme âgé, qui se tenait toujours sur le pas de la porte.
– Il est vrai que je suis actuellement sans emploi, mais en quoi cela vous concerne-t-il ? Et qui êtes-vous, au juste ? Comment avez-vous obtenu mon adresse ?
L’homme lui tendit une carte de visite.
– OK, voici ma carte. Je peux tout vous expliquer, mais je vois que vous avez des problèmes plus urgents pour le moment. Votre ami Gerard m’a conduit a votre adresse. Vous savez qu’il ne l’aurait pas fait s’il pensait que j’étais un fou. Par contre, il montra la porte du regard, il faut faire attention, les grands buveurs peuvent être très violents.
Madie le remercia d’un signe de tête, encore sous le choc de la révélation.
– Merci.
L’homme poursuivit :
– Je suis responsable de ce qui vous est arrivé, et je veux vous donner la chance de me faire confiance à nouveau.
– Je vous propose de…
Madie l’écouta attentivement, encore hésitante mais prête à entendre ce qu’il avait à dire.
Au cours de son retour, M. Durand se plongea dans une profonde réflexion, méditant sur la scène qui venait de se dérouler sous ses yeux. En général, les gens le considéraient comme une source de pouvoir et de stabilité, mais son refus de se laisser manipuler les avait conduits à le qualifier de sans-cœur, lui attribuant une réputation de personne impitoyable. Même ses employés les plus proches, à quelques exceptions près, lui reprochaient d’être trop intransigeant et inflexible, lui reprochant une rigidité qui les faisait frémir. Cependant, le fait que la petite Landy voyait en Madie un sauveur, une épaule sur laquelle pleurer, renforçait encore son désir de côtoyer la jeune fille, et de découvrir les secrets qui se cachaient derrière son regard énigmatique.
***
La vente du restaurant ne cessait de décevoir Edouard Durand, qui n’appréciait guère la gestion de l’entreprise. Il la connaissait pourtant sur le bout des doigts, car elle avait été son premier amour, son premier projet entrepreneurial. Issu d’une famille aisée, il n’avait jamais connu la misère. Ses parents, son père banquier de renom et sa mère professeure, avaient toujours subvenu à ses besoins. Il avait suivi les traces de son père, entamant une carrière bancaire prometteuse, échelonnant les promotions avec rapidité. Il était devenu directeur de la section crédit, un poste clé qui lui avait permis de tisser un réseau de contacts précieux.
Cependant, la vie avait réservé à Edouard Durand une épreuve cruelle. Il avait perdu ses parents, son père emporté par un cancer, sa mère disparue peu après, incapable de survivre à la perte de son époux. Cette double tragédie l’avait laissé orphelin, mais il avait su rebondir, créant son propre restaurant, puis développant une activité d’importation, enfin ouvrant ses propres usines. Il avait une capacité incroyable à multiplier les projets, à déléguer des tâches, tout en restant à la tête de toutes ses entreprises, un véritable chef d’orchestre.

Lorsque les profits du restaurant ont commencé à décliner, Edouard Durand a entrepris une enquête approfondie qui a révélé une série de disparitions d’objets de valeur appartenant aux clients dans le club de l’établissement. Malgré les stratégies alternatives qu’il avait déjà élaborées pour redresser la situation, il était déterminé à faire un exemple. En réalité, il ne ressentait aucune compassion pour Madie, qui avait perdu son emploi en raison de son refus de compromettre ses principes. Cependant, le fait qu’elle ait osé refuser son offre et ait eu le courage de clarifier les choses, malgré son propre chômage, l’a profondément impressionné. Il découvrait en elle une combinaison de qualités rares qu’il recherchait depuis longtemps chez quelqu’un : une intégrité inébranlable, un sens aigu de la justice et une détermination qui lui inspirait une grande admiration.
***
Le lendemain, Madie s’habilla avec simplicité, choisissant un chemisier discret, un jean confortable et une paire de chaussures plates. Sa garde-robe, modeste et peu fournie, reflétait son style de vie sobre et sans prétention. Elle se rendit à l’adresse indiquée sur la carte, située sur la route de Canapé Vert, une artère commerciale animée. Lorsqu’elle arriva au bureau, elle fut accueillie par une jeune femme d’une trentaine d’années, qui la regarda avec une curiosité non dissimulée, comme si elle cherchait à déchiffrer l’énigme que représentait Madie.
– Bonjour, je peux vous aider, madame ? demanda la jeune femme.
– Oui, j’ai rendez-vous avec le directeur, je suis Madie Jean-Louis, répondit-elle.
– Lequel d’entre eux ? demanda la jeune femme, étonnée.
– Euh… pour être honnête, madame, c’est monsieur Édouard Durand qui m’a référée. Je ne savais pas qu’il y avait plusieurs directeurs…
– Laisse, Sandra. Elle a rendez-vous avec moi. Merci. Bonjour, Madie, suivez-moi !
à suivre …
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