DOUCE VENGEANCE ÉPISODE 6
– Attends, Madie, mais où vas-tu ? demanda Gérard, visiblement préoccupé. Je croyais que tu avais besoin de ce boulot pour assurer ton avenir ? Et la fac ? Comment vas-tu faire pour concilier tes études et ton nouveau projet ?
– Ma mère m’a toujours dit qu’il y avait toujours un moyen de surmonter les obstacles, répondit Madie.
– Je sais que tu es têtue, mais penses-y deux fois avant de prendre cette décision, insista Gérard. Tu es sur le point de prendre un virage important dans ta vie, Madie. Es-tu vraiment prête à assumer les responsabilités qui viennent avec ?
– C’est ce que j’ai fait ce matin, et j’en ai déduit que je devais chercher un autre boulot aux alentours, déclara Madie. Il y a d’autres restaurants, et je suis plus ou moins habile maintenant, grâce à toi, Gérard. Merci vraiment du fond du cœur, tu es un bon ami et un excellent mentor.
– Tu es si intelligente, mais je n’aimerais pas que tu ailles ailleurs, avoua Gérard. Tu vas me manquer, Madie ! Tu as été une partie intégrante de notre équipe, et ton départ laisse un vide qui sera difficile à combler.
– c’est la vie. Merci pour tout !
Gérard ne put que souscrire à la décision de Madie, devinant que celle-ci avait déjà pris son parti et qu’il était vain de chercher à la faire changer d’avis. Il esquissa un léger sourire, admirant la détermination et la confiance en soi qui caractérisaient sa jeune amie.
Avec un cœur léger et un esprit déterminé, Madie se lança dans la recherche d’un nouvel emploi dès le jour même. Pour pallier l’absence de moyen téléphonique, elle proposa de repasser pour savoir si elle aurait le poste convoité, après avoir soigneusement rempli les applications avec une rigueur et une précision qui lui étaient caractéristiques.
Même si l’incertitude planait encore, Madie gardait espoir, refusant de se laisser abattre par les épreuves qui se présentaient à elle. Elle savait que la persévérance et la confiance en soi seraient ses meilleurs atouts pour surmonter les obstacles et atteindre ses objectifs, quels que soient les défis qui se dresseraient sur son chemin.
***
– Gérard, pourquoi la demoiselle n’est-elle pas restée ? demanda M. Durand, intrigué.
– C’est une fille extraordinaire, Monsieur Durand, répondit Gérard avec admiration.
– J’ai pu le remarquer, mais tu n’as toujours pas répondu à ma question, insista M. Durand.
– M. Jean ne lui a pas fait d’excuses formelles, expliqua Gérard. Alors elle pense que sa place n’est plus ici. Je ne peux que féliciter son courage, car vous savez, elle est orpheline et elle avait vraiment besoin du travail, mais sa fierté est encore plus importante que tout.
– Oh, je vois… Je peux avoir son numéro, j’aimerais la joindre et essayer de lui faire changer d’avis ? demanda M. Durand.
– Elle n’a pas de téléphone, Monsieur, ajouta Gérard.
– Comment ? Cette fille n’est vraiment pas ordinaire, sourit le vieillard.
– En effet Monsieur.
– J’aimerais la voir, c’est important pour moi, déclara M. Durand, son regard intense fixé sur Gérard. Ne fais pas cette tête, Gérard, tu vas perdre tes yeux à force de les ouvrir trop grand. Cette Madie, j’aimerais la connaître mieux. Je lui ai fait du mal, en quelque sorte.
– Bien, Monsieur, je peux vous donner son adresse… proposa Gérard.
– Non, emmène-moi, et autant le faire immédiatement, ordonna M. Durand.
– D’accord, Monsieur, donnez-moi dix minutes, le temps de…
– OK, je t’attends dans la voiture, coupa M. Durand.
– Bien, Monsieur, acquiesça Gérard.
C’est bizarre, pensa Gérard. Il y a quelques jours, il ne connaissait pas son patron, et maintenant, il allait partager le transport avec lui, les conduisant où ? Chez un employé qu’il avait causé son renvoi pour une stupidité de vol qui ne s’était jamais produit. Il avait pensé dire non, car il connaissait la maison de la jeune fille par hasard, et elle ne lui avait même pas invité à rentrer. Elle avait toujours refusé de se mélanger à quiconque, quoi qu’il en soit. De toute façon, le patron pouvait avoir accès aux informations de n’importe quel employé. Elle ne pourrait lui reprocher quoi que ce soit.
– Ce n’est pas loin, mais pour y accéder, il faudrait garer la voiture quelque part et rentrer à pied, expliqua Gérard, son regard parcourant l’horizon.
– Ça me va bien, répondit, M. Durand.
son ton était ferme et déterminé.
Un peu mal à l’aise, Gérard remarqua la voiture de M. Durand. Il remercia le chauffeur d’un signe de tête, tandis que celui-ci lui ouvrait la portière. C’était à la télé qu’il avait l’habitude de voir ces scènes de luxe et de pouvoir.
– On est arrivé, annonça Gérard, son regard fixé sur un corridor. Si vous voulez bien, je peux aller la chercher…
– Non, non le coupa M. Durand, avec son ton autoritaire. Je viens avec toi.
Ils traversèrent l’androne qui les conduisit à des maisons bien modestes, des murs décrépis et des fenêtres barricadées. Les regards étaient braqués sur eux, les gens du quartier les observant avec une mixture de curiosité et de méfiance. Pas besoin d’être un expert pour comprendre que M. Durand ne rentrait pas dans le décor. Ce n’était pas parce qu’il était clair, que sa peau était très raffinée ou qu’il avaitdes cheveux gris bouclés, mais ce qu’il portait comme vêtements en disait long. Chemise bien repassée, un jean bien droit et des mocassins, tout cela criait son appartenance à une autre classe sociale.
– Sa porte est fermée, constata Gérard, son regard fixé sur la maison de Madie. Voyons voir.
Gérard se mit à frapper sur la porte, qui était marron blanchie par la misère, à tel point qu’on ne savait plus quelle couleur exacte elle avait à l’origine. La porte voisine s’ouvrit, et une fillette qui devait avoir douze ans apparut, son regard curieux fixé sur les deux hommes.
- Elle n’est pas là, déclara la fillette, d’un ton neutre.
M. Durand se retourna vers la voix, et demanda avec une pointe de curiosité dans la voix :
– Merci. Mais dis donc, tu ne devrais pas être à l’école ?
– On m’a renvoyé, répondit la fillette, avant de s’esquiver et de se rendre à une autre rentrée, laissant les deux hommes seuls.
– Bon comme tu l’as constaté, elle n’est pas là. Et je dois retourner au boulot.
– OK. Je vais te déposer. Merci Gérard.
– D’accord monsieur.
***
Après avoir passé une journée entière à chercher du travail, Madie se rendit à la banque avant l’heure de la fermeture, déterminée à changer son chèque contre de l’argent liquide. Sachant qu’elle ne cuisinerait pas ce soir-là, elle acheta quelques provisions pour rentrer, son esprit déjà occupé par les défis qui l’attendaient.
« La première chose que je vais me procurer, c’est d’un téléphone », se disait-elle, son regard fixé sur l’avenir. « Les recruteurs vont jouer sur ce facteur pour ne pas me contacter, mais je ne vais pas les laisser me décourager. »
Payer son loyer n’était pas un problème, du moins pas pour le moment. En Haïti, il est plus courant de payer tous les ans, et elle était à son troisième mois de location. L’électricité et l’eau, elle ne payait pas un centime, grâce aux prises qui avaient été mises en place par des hommes de la communauté. Payez une fois pour être connecté et c’était tout. Vivre dans son quartier avait ses avantages, et Madie en était consciente.
Perdue dans ses pensées, elle inséra la clé dans la porte, son esprit encore occupé par les événements de la journée, quand elle entendit soudainement :
– Bonsoir, Madie !
A suivre …
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