DOUCE VENGEANCE(EPISODE 5)

DOUCE vengeance épisode 5

Mordue dans l’âme par l’injustice qui venait de lui être infligée, Madie ne pouvait s’empêcher de repasser la scène dans sa tête tout au long de son trajet pour rentrer chez elle. Les questions se bousculaient dans son esprit, comme autant de récriminations adressées à un destin injuste : comment peut-on accuser quelqu’un sans preuve ? Et Gérard, en qui elle avait placé sa confiance, pourquoi l’avait-il accusée de vol ? Oh, mon Dieu ! Qu’allait-elle faire ? Et l’université ?

Les interrogations se multipliaient, mais restaient toujours sans réponse, laissant Madie dans un état de profonde désorientation.

Le lendemain, toujours en proie aux questions et aux doutes, Madie se disait qu’elle devait aller chercher un autre petit boulot. Car, d’une manière ou d’une autre, la vie continuait, impitoyable et inexorable. Tout à coup, elle eut une idée, une intuition qui la saisit avec une force irrésistible.

– Mais oui, comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? Mais c’est ça. Ah oui ! On verra ce qu’on verra.

Convaincue que c’était une bonne idée, elle s’habilla avec hâte pour se rendre au restaurant, déterminé à affronter les conséquences de sa décision. Elle fit son entrée par la porte principale et se dirigea directement à la réception.

– Bonjour, Mme Florence, comment allez-vous ? demanda-t-elle avec un sourire déterminé, mais aussi avec une pointe de défiance.

– Je croyais qu’on t’avait mis à la porte ? répondit la dame avec une certaine virulence.

– En effet, Madame, répliqua Madie avec calme. Je suis juste passée pour clarifier certains points qui me semblent essentiels.

– Que veux-tu clarifier ? En quoi suis-je censée t’aider ? rétorqua la réceptionniste avec une certaine acrimonie. Il paraît que même ton amant ne pouvait rien faire pour toi. Alors tu penses que moi, je pourrais ?

Cette question était-elle une tentative de provocation ou une simple constatation ? Se demanda Madie.

– Bon, je suis là, dit Madie avec une certaine fermeté, démontrant sa volonté de ne pas se laisser intimider.

Madie n’avait pas vu Gérard arriver. Cela commençait à être une habitude. La mine de la dame avait pris un coup, mais elle n’en démordait pas.

– Bonjour Madie ! Comment vas-tu ? demanda Gérard avec une certaine surprise, teintée d’une légère curiosité.

– Bonjour ! Je vais bien, merci, répondit Madie poliment, mais avec une certaine réserve. Je ne ne suis pas ici pour créer d’ennuie. Je suis seulement passée demander à Mme Florence de rectifier pour moi auprès de toi que je lui avais remis la bourse que j’avais trouvée au bar. Car même si je ne comprends pas très bien ce qui s’est passé, je crois que c’est pour cela que tu m’as virée. Non ?

Sa voix était claire et déterminée, démontrant sa volonté de faire éclater la vérité.

– Madie, je ne t’ai pas révoquée, dit Gérard avec une certaine fermeté. L’ordre venait d’en haut. Et c’est exactement pour cela que je suis ici. Je crois que ceci n’a pas de sens. J’aurais dû faire cela avant de te donner ta lettre de révocation. Avais-tu fait comme je t’avais dit ? Signer le cahier et tout ?

– Ben oui, répondit Madie avec une certaine assurance. Elle m’avait fait signer une décharge, je te l’ai dit.

Gérard se tourna alors vers la dame, son regard étant empreint d’une certaine méfiance.

– Puis-je voir le cahier ? demanda-t-il avec une certaine fermeté.

La dame devint toute cramoisie, son visage trahissant une certaine anxiété.

– Oh… Mon… sieur, vous… vous n’avez pas le droit de… de me demander les registres, balbutia-t-elle.

– Oh si j’ai ce droit, surtout quand il s’agit des personnes qui dépendent de ma section, rétorqua Gérard avec sévérité. Et vous allez me le donner maintenant, ou c’est M. Jean, lui-même qui viendra jusqu’ici le prendre.

Mme Florence jeta un regard futif sur le cahier qui était sur son bureau. Madie, qui avait compris son langage corporel, comprit vite qu’elle l’avait fait sans le vouloir, et qu’elle ne la lui rendrait pas de bon gré. Elle saisit le cahier vite fait.

– Le voici ! dit-elle en le cachant derrière son dos tout en se reculant d’un pas pour empêcher la réceptionniste de le reprendre, vu qu’elle s’était déjà levée.

– Non, vous n’avez pas le droit de faire cela ! s’exclama Mme Florence, son visage déformé par la colère. Je vais appeler la sécurité ! Ce n’est pas possible ! Tu n’es qu’une petite pute de surcroît, une voleuse ! Tu crois qu’ils vont te croire ? D’ailleurs, il n’y a rien dans le cahier !

Elle fit toute une scène que personne ne soupçonnait. Les employés et les clients commencèrent à se déplacer pour venir voir ce qui se passait. Un agent de sécurité fraya la foule qui commençait à se grossir.

Les Haïtiens sont réputés pour leur penchant aux ragots, et il semblait que cette scène allait en devenir un sujet de conversation très populaire.

– Ça ne va pas passer comme cela, déclara Gérard, qui n’en croyait pas ses yeux.

La sécurité ne sait pas quoi faire, ce sont tous des employés après tout. La situation était devenue carrément explosive.

– Mlle Madie ? Mais qu’est-ce qui se passe ? s’enquit M. Jean, qui s’approchait de la scène, visiblement surprise et légèrement irritée.

– Que se passe-t-il ? Pourquoi ce vacarme, Gérard ? questionna M. Jean, qui pensait trouver des clients en discussion, mais à son grand désarroi, c’étaient ces employés. Il était déjà sur place, dans son bureau, quand il avait entendu le vacarme.

– Je suis venue demander à Mme Florence le cahier de décharge pour une vérification, expliqua Madie, prête à ne pas se laisser piétiner.

 Une fois, puis deux fois, cela suffit. Sa voix était ferme et déterminée.

– On se calme et vous avez tous intérêt à me donner une explication valable, dit M. Jean, d’un ton ferme et autoritaire. Tout le monde dans mon bureau ! Maintenant ! Vous pouvez disposer, dit-il à l’adresse de l’agent de sécurité, qui hocha la tête et se retira.

La scène se déplaça alors dans le bureau de M. Jean, où les employés se rassemblèrent, visiblement tendus et anxieux. La tension était palpable, et il était clair que les explications allaient être difficiles à fournir. Les regards se croisaient, les visages étaient tendus, et l’atmosphère était lourde de menaces.

En se rendant au bureau du responsable des lieux, Madie avait étrangement vu le client qui devait être le propriétaire de la bourse. Elle l’a salué d’une tête et a continué son chemin, suivi de tout le monde qui était impliqué dans l’affaire. Peu surprise, elle avait constaté que le personnage rentrait dans le bureau. Elle se dit qu’il en soit ainsi. S’il y avait une chose qu’elle ne ferait pas aujourd’hui, c’était de laisser aux gens salir son nom.

Elle s’en fichait à présent de ce boulot. Dieu pourvoira. Il suffisait juste de blanchir son nom. Elle n’avait plus rien à perdre. Elle n’avait plus peur et allait se battre bec et ongles pour garder sa dignité.

– Savez-vous que tout le monde sera licencié ? commença M. Jean en dépassant Madie pour traverser son bureau.

– Je le suis déjà et je suis pour ainsi dire toujours en vie, Monsieur, rétorqua Madie avec une certaine ironie. Gérard n’y est pour rien. Je suis celle qui est responsable de ce qui s’est passé, car c’est moi qui ai pris le cahier sans l’autorisation de Mme Florence. Non, non, je n’ai pas encore fini, ne m’interrompez pas.

Tout le monde la regardait, étonné. On aurait dit que Madie était transformée. Elle continua, avec sa voix forte et déterminée :

– Je veux que vous sachiez que je n’ai pas volé cette bourse. Je l’ai trouvée et je l’ai rendue. Et je veux que vous sachiez également que je ne vais pas me laisser salir par des mensonges et des calomnies. Je vais me battre pour mon honneur et pour ma réputation.

 J’avais découvert une bourse il y a quelques jours, continua Madie, sa voix etait ferme avec une pointe  d’indignation. Il était tard, j’en avais parlé à Gérard, qui n’y avait pas prêté attention, absorbé qu’il était par ses occupations. Le lendemain, j’étais censé être en congé, mais je suis venu prêter main-forte, car le patron, comme vous le savez, devait faire une visite d’inspection. Après avoir mis tout en ordre avec l’équipe qui était sur place, je me suis retiré chez moi. Mais avant même de commencer, j’avais remis à Mme Florence la bourse, avec tout ce qu’elle contenait, car j’en avais parlé avec Gérard, qui m’avait donné des consignes précises : signer une décharge. Ce que j’avais fait avec diligence.

Elle fit une pause, regardant M. Jean et les autres personnes présentes dans la pièce avec un certain défi.

– Ce que je ne comprends pas, c’est que vous m’avez révoquée sans ménagement, sous prétexte que j’aurais soi-disant volé une bourse, que je précise encore une fois, que j’ai remisé avec honnêteté. Je vous jure, si hier j’étais en pleurs parce que j’avais perdu ce travail, Dieu seul sait combien j’en ai besoin pour ma survie, mais personne ne peut me déplacer de cet établissement sans retrancher cette affaire. Je n’ai jamais volé dans ma vie, je ne vais pas accepter qu’on me salisse ma réputation sans réagir.

Elle ouvrit le cahier, tout en parlant, cherchant la page qu’elle avait signée, mais en vain. Tout le monde resta attentif à ce qu’elle disait, étonné par sa détermination. Elle était dans son élément, et rien ne semblait pouvoir l’arrêter.

– Où est donc la note que j’avais couchée sur ce cahier il y a quelques jours ? demanda-t-elle à la dame, un peu paniquée après ce long discours, mais avec une certaine fermeté.

– Je ne sais pas de quoi vous parlez, répondit la dame, essayant de maintenir une certaine neutralité.

– Attendez, dit Gérard, en prenant le cahier entre les mains de Madie. Fais-moi voir. C’est un registre numéroté, si on se rend…

Mme Florence, dont la nervosité grandissait à chaque instant, commençait à perdre contenance. Madie, en revanche, se sentait libérée d’un poids qui l’oppressait depuis trop longtemps. Elle ferma les yeux, inspira profondément et respira une bouffée d’air, comme pour chasser les derniers vestiges de son anxiété. Rien d’autre n’avait désormais d’importance pour elle.

M. Jean, dont la colère était à son comble, exigea des explications de la part de Mme Florence, qui, incapable de justifier les propos qui venaient d’être tenus, se trouva dans l’obligation de reconnaître son erreur. Elle serait licenciée sur-le-champ. M. Jean demanda ensuite à Gérard de réintégrer Madie, mais celle-ci, avec une ironie mordante, lui répondit :

– Monsieur, il serait peut-être temps que vous appreniez à vous excuser lorsque vous avez commis une erreur. C’est un conseil que je vous donne de bonne grâce. Quant au travail que vous m’offrez, je vous remercie, mais je crains que je ne sois pas intéressée. Au revoir !

À suivre…


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