DOUCE VENGEANCE (EPISODE 4)

DOUCE VENGEANCE EPISODE 4

Le bureau de Gérard était exigu, avec pour seul mobilier un bureau et deux chaises. Il n’y avait aucun cadre ni objet personnel, malgré le fait qu’il y ait travaillé depuis déjà quelque temps. L’espace était climatisé, mais Madie transpirait abondamment. Son esprit était entièrement concentré sur le choix qu’elle venait de faire. Comment allait-elle proceder pour payer ses études universitaires maintenant qu’elle était virée ? La session était payée, mais Comment allait-elle prendre en charge les coûts de ses déplacements en taxi, sans compter son loyer et tous ses autres besoins ? Comment allait-elle subvenir à ses besoins journaliers ?

Non, c’était impensable !

– Ne fais pas cela, Gérard, supplia-t-elle. Tu connais ma situation, tu connais mon plan. J’ai déjà dû économiser toute l’année pour payer une session. Je viens tout juste de verser les frais…

– Tu ne comprends vraiment pas, Madie, rétorqua Gérard. Tu es accusée de vol. Tout le monde sait que c’est toi qui t’occupes des affaires des clients. Tu penses que je peux me permettre de te garder malgré cela ?

– Mais pourquoi tu m’accuses de vol ? N’est-ce pas moi qui t’ai dit que j’ai trouvé une bourse ? Qu’ai-je fait pour te mettre dans une mauvaise situation ? Je suis perdue, je ne comprends pas.

– Dans ce cas pourquoi l’as-tu gardé Madie ? Tu vas me dire que tu as des problèmes d’argent ? Non, que tu voulais régler tes frais de scolarité ?

-Mais qu’est-ce que tu racontes ? Tu crois que j’ai pris l’argent ?

– Où est-il alors ? Pourquoi la bourse n’a-t-elle pas été remise comme je te l’ai dit ?

Madie commençait à ce moment à mieux comprendre ce qu’il se passait.

– Je l’ai remis, Gérard, déclara-t-elle, les larmes aux yeux. Et si tu étais vraiment mon ami, tu aurais…

-Ça n’a rien à voir avec l’amitié, Madie, rétorqua Gérard avec une certaine froideur. On ne peut pas mélanger le travail avec nos vies personnelles. Et je ne te considère pas comme une amie, tu étais ma petite sœur. Tu savais cela, n’est-ce pas ?

Ces mots étaient comme un coup de poignard pour Madie. Comment tout pouvait-il basculer ainsi en un si court instant ? Pourquoi la vie était-elle si cruelle ?

-Tu pourrais au moins me donner le bénéfice du doute, Gérard, avant de me licencier, lui reprocha-t-elle avec une certaine amertume. As-tu réfléchi une seconde á l’incohérence de cette accusation ? Si je voulais prendre quelque chose, pourquoi t’en aurai-je parlé ? Tout ce que tu as à faire, c’est de me révoquer ?

Gérard sembla un peu embarrassé, mais il resta déterminé.

– Ça n’a pas été ma décision, Madie, déclara-t-il avec une certaine fermeté. Voici ta lettre de licenciement.

Madie était sous le choc.

-Et comment savent-ils que j’ai pris quelque chose, alors que c’est à toi que j’ai rapporté ce que j’avais trouvé avant même de le remettre à la réceptionniste ? demanda-t-elle, les larmes aux yeux.

– Je n’ai rien à faire là-dedans, Madie, répondit Gérard avec une certaine distance. C’est compliqué et c’est confidentiel. J’ai essayé de te défendre, mais tu ne m’as pas laissé aucune place pour convaincre qui que ce soit.

Un silence étrange s’installa entre eux. Madie essuya ses yeux, ramassa le peu de dignité qu’il lui restait et déclara avec une certaine fierté :

-Ben, je crois qu’on n’a rien à ajouter. Je suis peut-être pauvre, mais je ne suis pas une voleuse. Toutefois, je ne vais pas te quemander un peu de respect. Je méritais au moins le bénéfice du doute.

Elle prit la lettre de révocation et vit que son dernier chèque était à l’intérieur. Elle ne daigna pas répondre, retira son tablier, le déposa sur le bureau, tourna les talons et sortit de la pièce avec une certaine dignité.



***

Lorsque Gérard rentra dans le bureau de son supérieur, il fut grandement étonné de constater que la personne dont lui et Madie se moquaient était assise dans le fauteuil même du bureau.

– Bonjour, messieurs ! dit M. Jean, le directeur. Nous t’attendions, Gérard. Notre cher PDG, comme tu le savais déjà, sera avec nous. Gérard, voici donc notre patron a tous, M. Durand.

– Oh, bonjour, monsieur, heureux de faire votre connaissance, balbutia Gérard tout en tendant la main.

– Bonjour, Gérard, répondit le vieil homme tout en serrant la main tendue. Je suis plus que ravi. Mais si vous ne m’avez jamais vu ici, je pense que vous ne méritez pas votre poste, ajouta-t-il sur le ton de la plaisanterie, mais avec une pointe de sérieux.

– En effet, je vous ai vu une ou deux fois, répliqua Gérard sur le même ton. Mais entre le personnel, la bonne marche du restaurant, on ne retient pas toujours le visage d’un client qui ne fait rien pour attirer l’attention. Car vous savez sans doute qu’il y a deux catégories que nous avons vraiment à l’œil. Ce sont donc les brigands et les grands dépensiers. Et on peut dire que vous étiez de préférence dans la catégorie ordinaire. Ceux qui ne font pas de vacarme, qui ne se plaignent pas, consomment et qui s’en vont.

– Oui, oui, je ne vais pas être long, dit M. Durand. Mais j’ai entendu dire qu’ici, le personnel a l’habitude de ne pas donner, comme le mentionne le règlement, les objets trouvés au sein de l’établissement…

M. Durand poursuivit son explication avec une certaine ironie. Donc, j’ai décidé de vérifier par moi-même en me faisant passer pour un client. Et j’ai laissé tomber mon porte-feuille. Chose étrange, je suis passé hier à la réception, on n’a rien trouvé. Après l’avoir fait tomber exprès, je sais qui l’a ramassé. Et je sais que c’est ta protégée. Comment peux-tu expliquer cela ? »

Gérard, pris de court, admirait la capacité vive du vieux, mais se sentait vraiment mal à l’aise face à lui. Il tenta de se justifier.

- Je pense qu’il y a un malentendu, M. Durand. Une employée nommée Madie Jean-Louis a trouvé un porte-feuille, elle l’a remis à la réceptionniste. Je sais qu’elle ne ferait pas une chose pareille. Si ce cas persiste ici, je vous prie de croire, monsieur, qu’elle n’y est pour rien. Elle n’est pas ma protégée, elle mérite simplement le respect que je lui porte. »

M. Jean intervint, son ton était neutre.

– C’est très bien. Alors, laissez-moi faire venir la responsable que je lui demande moi-même ce qu’íl s’est passé. 

M. Durand acquiesça d’un regard approbateur. M. Jean composa le numéro de la réception et demanda à ce que la dame vienne le retrouver au bureau.

La porte s’ouvrit, et la réceptionniste fit son entrée.

-Bonjour, messieurs,  dit-elle avec un sourire professionnel.

– Mme Florence, je vous remercie de votre présence, commença M. Jean d’un ton affable. Pouvez-vous me confirmer si vous avez reçu des objets trouvés par les employés récemment ?

–  Non, Monsieur Jean, pas un seul, répondit-elle avec une certaine assurance ?

–  Mais, si je ne m’abuse, Madie Jean-Louis ne vous a-t-elle pas remis un porte-feuille récemment ? insista M. Jean.

– Non, non, Monsieur, répéta-t-elle avec fermeté.

– Très bien, merci, madame, vous pouvez regagner votre poste, dit M. Jean avec un geste de la main.

Mme Florence sortit du bureau, laissant les trois hommes seuls.

– Vous me croyez maintenant, Gérard ? demanda M. Durand d’un ton satisfait.

– Je suis bien obligé de reconnaître la véracité de vos dires, monsieur, mais il doit y avoir une explication…, répondit Gérard, visiblement troublée.

– Non, il est essentiel que l’exemple soit tracé, on commence á ne plus se sentir à l’aise ici, déclara M. Durand avec une certaine sévérité. Il est impératif que tout le monde sache qu’il y a des règles dans cet établissement. Et nul n’est au-dessus de son règlement interne. Gérard, vous allez devoir remplacer la jeune fille…

-Mais, Monsieur Jean, je pense qu’une mise á pied de quelques jours devrait suffir pour que l’ensemble du personnel retienne la lecon. Elle n’est quand même pas renvoyée définitivement…, protesta Gérard.

-J’en ai bien peur que oui, répondit M. Jean avec une certaine froideur. Vous ferez en sorte de le faire immédiatement. C’est vous qui l’avez embauché et faites en sorte que tous les employés soient au courant, afin qu’ils sachent ce qui les attend dans une situation similaire.

-Eh bien, je pense que l’affaire est classée, dit M. Durand avec un ton final.

Gérard ne pouvait donc rien ajouter d’autre qu’un « oui, monsieur ». Mais tout le monde pouvait constater qu’il était visiblement troublé.

Il revivait obstinément la scène dans son esprit, cherchant à identifier l’élément énigmatique qui lui échappait depuis le départ de Madie. Malgré son incapacité à mettre le doigt sur ce détail fugace, il était résolu à ne pas abandonner l’affaire et à percer le mystère qui le taraudait. Les obligations de son travail l’appelaient, mais son esprit restait rivé à cette énigme, refusant de lâcher prise.

À suivre…

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