DOUCE VENGEANCE éPISODE 3
Tous les jours, Madie se rendait à un restaurant modeste, moins dispendieux que celui où elle travaillait, car son salaire ne lui permettait pas de s’offrir les plats raffinés de son lieu de travail. Après avoir terminé son déjeuner, elle entreprit une tournée des universités de la ville, dans le but de procéder à une analyse comparative des prix. Elle commença par la plus éloignée, pour finir par celle qui se trouvait à proximité de son domicile. Il était déjà trois heures quarante de l’après midi, lorsqu’elle pénétra dans l’enceinte de la dernière université.
Arrivée sur le campus, elle fut frappée par la grandeur de l’établissement, qui surpassait de loin toutes les autres universités qu’elle avait visitées jusque-là. Elle s’adressa à un étudiant qui sortait :
– Bonsoir, je suis désolée de vous déranger, mais pourriez-vous, je vous prie, m’indiquer où se trouve le service d’information de l’université ?
– Bonsoir, prenez la rampe, c’est sur votre gauche.
– Merci, répondit-elle en lui adressant un sourire discret.
– Vous avez un joli sourire.
– Oh ! bien. Je pense que je vais me dépêcher.
Le jeune homme sourit à son tour, avec une expression espiègle :
– Bonne fin d’après-midi !
– Merci, murmura Madie tout en s’éloignant rapidement.

Il est étrangement beau, se dit Madie. Mais à quoi je pense ? Parce qu’il a remarqué mes dents propres, je me permets déjà de lui accorder une place dans mes pensées. Hey Madie, ils ne sont pas de ton rang, se sermonna-t-elle avec une pointe d’autocritique.
Il était indéniablement issu de la classe bourgeoise, cela se voyait à l’œil nu. Ses vêtements étaient un reflet de son appartenance sociale, mais il y avait quelque chose de plus profond dans son regard, une certaine intensité qui laissait deviner une personnalité complexe.
Arrivée sur place, elle demanda à ce qu’on lui explique tous les détails de l’université. Elle sollicita également la liste des règlements, y compris les méthodes de paiement. Après avoir visité plusieurs établissements, elle fut contrainte de constater que les universités les plus prestigieuses étaient hors de portée financièrement.
– Je pense que je vais devoir commencer par une université moins réputée, se dit-elle à elle-même. Mais au moins, j’aurai fait le premier pas. C’est déjà cela.
Elle se hâta de rentrer chez elle afin de se reposer. Les allées et venues de la journée, ainsi que le soleil qui battait sans relâche les routes poussiéreuses de la capitale, lui avaient causé des douleurs oculaires insupportables. Dieu merci, c’était encore son jour de congé. Elle rentra chez elle, se prépara un repas léger, prit une douche rafraîchissante et se coucha directement.
Le lendemain, elle se décida à s’inscrire à l’université la plus proche de chez elle et la moins coûteuse. Non seulement elle ne pouvait pas se permettre d’étudier le droit, car les frais d’inscription étaient prohibitifs, mais la demande et le nombre de temps nécessaires pour réussir en tant qu’avocat étaient trop élevés. Elle opta donc pour la gestion administrative, un choix qui lui semblait plus réaliste. Elle avait déjà tout calculé : elle se rendrait à l’école le matin et pourrait travailler l’après-midi. Elle régla la totalité des frais de la première session et se rendit au travail cet après-midi-là avec un cœur léger, sachant qu’elle avait pris les mesures nécessaires pour assurer son avenir.
Sur place, elle se dirigea directement vers les toilettes pour se changer. Elle n’aimait pas porter le t-shirt de l’établissement en dehors de son lieu de travail. Elle trouva deux de ses collègues sur la cour.
– Bonjour les filles ! Ça va ? demanda-t-elle avec un sourire.
– Ça va, répondirent-elles en chœur.
– Vous n’avez pas encore vu Gérard ? s’enquit Madie.
– Il ne va sans doute pas tarder, répondit Stéph, l’une des plus jolies filles du travail. Il se donne un peu de temps avec sa femme.
Cette réplique ne passa pas inaperçue. Madie savait très bien que tout le monde pensait qu’il y avait plus que de simples relations professionnelles entre elle et Gérard. Elle fit comme si elle ne comprenait pas.
– OK, je vais commencer. À tout à l’heure, dit-elle en s’éloignant.
Elle n’avait pas encore fait un pas que ses collegues éclaterent de rire. Madie continua d’avancer, la tête haute. Elle n’avait jamais eu d’amie proche. Sa mère était tout pour elle. Les comportements des jeunes de son âge ne lui donnaient pas envie de changer cela.
À cette heure-ci, le bar n’avait pas beaucoup de clients, mais Madie se rendait toujours au restaurant pour donner un coup de main. C’était son habitude.
– Madie, suis-moi !
Elle n’avait pas vu venir Gérard. Et ce n’était pas son habitude de lui parler sur ce ton avec ce visage fermé. Étonnée, elle s’exécuta sans tarder alors qu’il se dirigeait vers son bureau en longeant un long couloir.
N’ayant rien à se reprocher, Madie pénétra la pièce, un peu tremblant tout de même. Elle n’était même pas encore rentrée qu’il lui demanda :
– Où est la bourse, Madie ? Comment as-tu fait pour tout gâcher à ce point ? Tu étais sur le point d’obtenir une promotion, nom de Dieu. Si tu ne voulais pas le rendre, pourquoi m’en avoir parlé ? Je pouvais mettre ma main au feu pour toi si je ne savais pas. Tu m’as non seulement trahi, mais tu m’as humilié. Tout le monde sait que tu es ma protégée…
Et surtout, ne me regarde pas de cette façon…
Madie était tellement étonnée qu’elle n’arrivait pas à placer un mot. D’ailleurs, comment aurait-elle pu, quand Gérard ne faisait que parler ? Debout devant son bureau, elle recula de deux pas et toucha le mur pour garder son équilibre.
– Mais pourquoi, bon sang ! Ce ne sont pas tes pleurs qui vont te retirer de ce merdier, je te jure. Il faudrait que tu changes d’attitude. Il la regarda avec pitié et continua d’une voix cassée :
– Tu as tout gâché… Tu es virée !
À suivre…
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