DOUCE VENGEANCE (épisode 2)

ÉPISODE 2

Au cours d’un déjeuner, Monsieur Durand posa à Madie une question qui la prit au dépourvu.

– À combien estimes-tu les chiffres de l’entreprise ? 

 La bouche à moitié pleine de son sandwich au fromage, elle répondit avec une certaine hésitation 

– Je ne sais vraiment pas. 

Monsieur Durand fronça les sourcils, visiblement déçu par la réponse de Madie.

–  Je n’aime pas quand tu dis « je ne sais pas ». Si tu veux me succéder un jour, il faut que tu saches tout. Il la regarda avec intensité, attendant une réponse plus précise.

Madie, sentant la pression, répondit avec une certaine ironie :

– Mais papi, je ne suis pas ta fille, du moins pas de sang. Elle vit la tristesse envahir les yeux de l’homme de soixante-treize ans et s’empressa d’ajouter :

 Comment voudrais-tu que ce soit moi qui hérite de ton entreprise ? Elle fit une pause, puis ajouta : Et papi puis-je savoir pourquoi tu ne parles plus à tes enfants ? Tu as des petits-enfants, non ? 

Monsieur Durand esquissa un sourire, puis répondit :

– On en parlera une prochaine fois, mais pour l’instant, si tu m’aimes vraiment, j’insiste que tu sois prête pour gérer l’entreprise toute seule. Car mes jours sont comptés. Madie le regarda avec une certaine inquiétude, puis répondit :

– Hey, jeune homme, je ne te permets pas de dire ça. Monsieur Durand éclata de rire, puis ajouta :

– Madie, mais c’est bien vrai…

Madie le coupa, d’un air songeur :

– Non, Dieu sait que je ne suis pas encore prête à revivre ça.

La conversation s’arrêta là, mais les questions et les inquiétudes de Madie restaient en suspens.



***

Malgré la douleur qui l’habitait, Madie savait qu’elle devait continuer à vivre. Sa maman, son guide, son soutien, son amie, lui avait enseigné que la vie était un combat quotidien. La perdre avait été un coup dur, mais Madie refusait de se laisser abattre. Elle se rappelait les paroles de sa mère : « il faut que tu apprennes à faire des sacrifices pour ceux que tu aimes et te battre pour ce que tu veux dans la vie. Ne pense surtout pas que tu ne vas pas rencontrer des difficultés. De toutes les façons, cela en vaut le coup. Tu seras récompensée ».

Un soir, en quittant son poste, Madie trouva un porte-monnaie. Selon les règles du restaurant, il fallait rendre les objets oubliés par les clients. Mais elle savait que personne ne rendait jamais rien. Le lendemain, elle se rendit au travail, déterminée à effectuer son travail avec diligence.

Gérard, son collègue, lui dit :

– Pourrait-on voir ceci une autre fois ? Demain le patron nous fera une grande visite, tu sais ce que cela implique. Il faut que tout soit nickel.

Madie répondit :

– Des mains supplémentaires, cela te dit ?

 Gérard sourit en répliquant

–  Ah oui, ma chérie, demain au petit jour je pourrais me servir de tes doigts magiques qui rangent si bien. À présent, va te reposer.

Le lendemain, Madie se réveilla tôt, comme d’habitude. Elle se prépara pour la journée en analysant tout ce qu’elle devait faire. En montant dans sa chambre, elle oublia de prendre le porte-monnaie qu’elle avait trouvé la veille. Elle se coucha, pensant à sa mère, et médita : « Maman chérie, tu me manques a ne plus en finir. Presque une année depuis que tu es parti on dirait que c’est une éternité. Je me sens seule. Donne-moi la force et le courage dont tu étais dotée. Je t’en prie, ne m’abandonne pas maman ».

Ces mots apportaient autant de douleurs que d’apaisement chez la jeune fille. C’était comme si elle était en contact direct avec sa mère. La prière qui suivit était tout aussi identique. Elle s’endormit avec les larmes aux yeux, l’esprit bouleversé.

Le lendemain, Madie se réveilla vers cinq heures trente du matin. Du fait de sa routine matinale acquise depuis son plus jeune âge, le lundi était considéré comme le jour où elle devait tout mettre en ordre pour la semaine. Voyant le nombre de choses qui l’attendait, elle se dit : « Oh mon Dieu ! je ne crois pas que je vais y arriver. Je suis si fatiguée ».

 Néanmoins la jeune demoiselle ne s’est pas laissée décourager, et commence par le plus difficile, les habits.
Au fur et à mesure qu’elle avançait dans ses travaux, elle se moquait d’elle même :

– Bravo, Madie, tu fais le rangement ? Ouais ! et qui va mettre le bordel ? Encore toi ? Elle rit de bon cœur de sa folie à parler toute seule.

Mais c’était Madie, parfois joyeuse, parfois non, certains diraient qu’elle était un peu folle.

 Le temps de finir et de prendre sa douche, il était déjà sept heures du matin.


– Oh mince ! Doux Jésus, Gérard !

Gérard, l’homme qui l’avait engagé au restaurant, était un personnage catégorique et exigeant, mais avec Madie, il manifestait une sollicitude qui dépassait les simples relations professionnelles. Au fil du temps, leur proximité s’était renforcée, sans pour autant dépasser les limites de la stricte amitié. Gérard incarnait le type de supérieur que tout le monde aurait aimé avoir. Madie se sentait chanceuse de travailler sous ses ordres.

Elle s’habilla en hâte, saisit son sac et sortit de chez elle à toute vitesse pour se rendre au restaurant.

– Madie, t’as vu l’heure ? lui demanda Gérard dès qu’elle franchit la porte.

– Je t’avais dit huit heures, se défendit Madie, et je suis là, non ? répondit-elle avec un sourire pour cacher son embarras. Où veux-tu que j’aide ?

– Tout ce que tu vois qui mérite d’être fait. Le grand chef sera là à neuf heures.

– Ah bon ! je croyais que Monsieur Jean venait tous les lundis, mercredis et vendredis. Pourquoi tous ces remue-ménages ? Il n’est pas content de la façon dont…

– Jeune fille, j’ai dit le grand chef. Le maître des lieux, dit Gérard en la coupant dans sa phrase.

– Ah OK, laisse-moi exercer ma baguette magique afin que tu puisses garder ton boulot, dit-elle sur un ton de plaisanterie. Gérard sourit.

– Je t’aurai emmené avec moi dans la liste des sans-emploi. Tu pensais quoi ? Que j’aurais été le seul à être licencié ? continua-t-il sur le même ton.

– Où dois-je déposer la bourse que j’avais trouvée hier ?

Curieux malgré la pression, il tendit la main :

– Fais voir ! A qui pourrait-il appartenir ?

Madie prit la bourse de son sac et la lui porta  .

– Je n’y avais pas prêté attention.

 Dans la bourse, il y a eu un montant de six cents dollars américains, quelques billets en gourdes, deux cartes de crédit, et une carte d’identité.

– Que vient faire une personne de cet âge dans un club ? se demande Madie.

 Non pas qu’elle n’a pas l’habitude de voir des hommes âgés, mais là, c’est vraiment dépassé.

– Ben oui, pourtant je l’ai vu plusieurs fois dernièrement, se remémora Gérard en hochant la tête. Pressé, il retourna la bourse avec tout ce qu’il avait à l’intérieur à Madie.

– Bref, tu peux la déposer à l’administration, ils vont te demander de signer quelque chose si je m’en rappelle bien. J’ai eu à faire cela il y a longtemps. Mais fais en sorte que tu aies une preuve quoi qu’il en soit. Et reviens vite afin qu’on puisse passer l’établissement au peigne fin. Je compte sur toi.

– D’accord, chef, répondit Madie toujours sur le ton de la plaisanterie.

C’est ce que fit Madie. Après l’avoir remise, elle avait demandé qu’on lui fasse signer une décharge, où il était stipulé qu’elle l’avait trouvé et l’avait remis à la réceptionniste. Ensuite, elle aida les cinq autres employés à boucler leur créneau horaire. Déjà habituée aux locaux, et vu qu’elle était une fille bien organisée, elle contribue largement à lui donner un air impeccable.

Elle n’était pas censée travailler ce jour-là donc elle chercha son superviseur-manager afin de l’aviser de son départ, mais en vain. Il était sans doute en réunion. Elle demanda à l’un des employés de l’informer de son départ. Elle avait hâte d’aller se reposer.

À suivre…

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